Comment la MGEN s’est arrogé le marché juteux de 3 millions d’assurés de l’éducation nationale

Le paysage de la protection sociale complémentaire dans l’Éducation nationale s’apprête à connaître un bouleversement majeur. Le duo MGEN-CNP Assurances vient de décrocher l’un des contrats les plus convoités de la sphère publique française. Une victoire stratégique qui suscite autant d’espoirs que d’interrogations.

Le mastodonte de l’assurance santé s’impose face à ses concurrents

C’est désormais officiel : le groupement MGEN-CNP Assurances a remporté l’appel d’offres pour la gestion du nouveau régime collectif obligatoire de protection sociale complémentaire (PSC) en santé pour les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative. Une décision qui concernera potentiellement 3 millions de personnes, dont 1,4 million d’agents actifs, leurs ayants droit et les personnels retraités.

Cette victoire n’est pas anodine pour la MGEN, qui voit dans ce contrat l’aboutissement de son « virage culturel et technique » vers les contrats collectifs. Après des années à dominer le marché des contrats individuels dans la fonction publique, la mutuelle historique des enseignants prend un virage stratégique majeur.

Un calendrier qui soulève des questions

La mise en œuvre de ce nouveau régime est prévue pour avril 2026. Un horizon qui peut sembler lointain, mais qui reflète l’ampleur des transformations à opérer. Entre-temps, depuis janvier 2022, une participation symbolique de 15€ brut par mois est versée par l’employeur aux agents ayant souscrit un contrat responsable de complémentaire santé. Une mesure transitoire qui laisse de nombreux fonctionnaires sur leur faim.

Des promesses alléchantes, mais à quel prix ?

Le nouveau régime se veut ambitieux. Le ministère de l’Éducation nationale promet un panier de soins avantageux avec deux garanties optionnelles, une solidarité renforcée en faveur des familles et des prestations d’accompagnement social et de prévention en santé.

Parmi les avantages annoncés :

  • Une couverture étendue pour les 3 millions de bénéficiaires potentiels
  • Une participation de l’État à hauteur de 50% de la cotisation pour le socle interministériel
  • Des mécanismes de solidarité générationnelle, familiale et indiciaire
  • L’absence de questionnaire de santé facilitant l’accès à tous
  • Des possibilités de dispense pour certaines situations particulières

La face cachée d’un contrat d’État

Si la MGEN se félicite de cette victoire, certains observateurs s’interrogent sur les coulisses de cet appel d’offres. Comment la mutuelle historique des enseignants a-t-elle réussi à s’imposer face à des concurrents acharnés ? La question mérite d’être posée, surtout quand on sait que ce contrat représente un enjeu stratégique majeur pour l’avenir de la MGEN.

La réponse se trouve peut-être dans la capacité de la mutuelle à activer ses réseaux historiques au sein de l’Éducation nationale, ou dans sa connaissance approfondie des besoins spécifiques de ce public. À moins que ce ne soit sa proposition financière qui ait fait pencher la balance en sa faveur ?

Des syndicats partagés entre satisfaction et vigilance

Les réactions des organisations syndicales oscillent entre satisfaction et prudence. L’Unsa-Éducation salue cette « avancée » mais demande parallèlement l’abandon de la baisse de 10% d’indemnisation des congés maladie. Une façon de rappeler que la protection sociale ne se limite pas à la complémentaire santé.

L’enjeu caché : la captation d’un marché colossal

Au-delà des considérations techniques, ce contrat représente un marché colossal pour la MGEN et CNP Assurances. Avec 3 millions de bénéficiaires potentiels, l’enjeu financier est considérable. La MGEN, qui a connu des périodes difficiles ces dernières années, voit dans ce contrat une bouffée d’oxygène bienvenue et un moyen de consolider sa position dominante dans le secteur de l’éducation.

Cette victoire s’inscrit également dans un contexte plus large de transformation de la protection sociale complémentaire dans la fonction publique. Un mouvement qui tend à rapprocher les modalités de couverture des agents publics de celles du secteur privé, avec tous les avantages et inconvénients que cela comporte.

En définitive, si le nouveau régime promet des avancées significatives pour les agents concernés, seule sa mise en œuvre effective en 2026 permettra de juger de ses véritables bénéfices. D’ici là, la MGEN aura la lourde tâche de préparer cette transition majeure, sous le regard attentif des syndicats et des assurés.