Mickey 17 écrase Les Tuche au box-office français avant d’être sacrifié par Warner Bros

Après son triomphe historique avec Parasite, le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho revient avec une œuvre ambitieuse qui divise. Entre succès critique et échec commercial, le film est sacrifié par Warner Bros qui l’envoie prématurément en VOD.

Le nouveau film de Bong Joon-ho, Mickey 17, était l’un des projets les plus attendus de 2025. Avec Robert Pattinson dans le rôle-titre et porté par la renommée mondiale du réalisateur après son triomphe aux Oscars pour Parasite, ce film de science-fiction promettait d’être un événement cinématographique majeur. Pourtant, malgré un accueil relativement favorable en France, le film s’est heurté à un mur aux États-Unis, poussant Warner Bros à prendre une décision radicale : sortir le film en VOD seulement 18 jours après sa sortie en salles. Un véritable coup de théâtre qui pose question sur les nouvelles dynamiques de l’industrie cinématographique.

Un démarrage contrasté selon les pays

Mickey 17 a connu des fortunes diverses selon les territoires, illustrant parfaitement le fossé culturel qui peut exister entre différents marchés cinématographiques.

Un succès relatif en France

En France, Mickey 17 a connu un bon démarrage, parvenant même à détrôner la franchise à succès Les Tuche du sommet du box-office. Ce lancement représente le meilleur démarrage pour un film de Bong Joon-ho sur le territoire français, démontrant que le réalisateur sud-coréen a su cultiver une base de fans fidèles après le phénomène Parasite.

Le film a maintenu sa position en tête du box-office français pendant au moins un week-end, signe que le public hexagonal a été au rendez-vous. Cette performance est d’autant plus notable que la fréquentation des salles de cinéma en France connait une baisse générale par rapport aux années précédentes. Dans ce contexte difficile, Mickey 17 a réussi à tirer son épingle du jeu, au moins dans ses premiers jours d’exploitation.

Un échec cuisant aux États-Unis

Contrairement à son parcours français, Mickey 17 a connu un démarrage décevant aux États-Unis. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : après son second week-end d’exploitation, le film n’avait rapporté que 33 millions de dollars en Amérique du Nord, sur un total mondial de 90 millions de dollars. Ces résultats sont très en-deçà des attentes pour un film de cette envergure, avec un budget et une campagne marketing conséquents.

Plus inquiétant encore, le film a subi une forte chute de fréquentation dès son second week-end, ne rapportant que 7,5 millions de dollars, un chiffre qui témoigne d’un désintérêt rapide du public américain. Cette contre-performance a conduit de nombreux médias spécialisés à qualifier le film de « bide », un terme rarement employé pour décrire l’œuvre d’un cinéaste aussi acclamé que Bong Joon-ho.

La stratégie controversée de Warner Bros.

Face à cet échec commercial, Warner Bros. a pris une décision radicale qui a fait couler beaucoup d’encre dans l’industrie du cinéma.

Une sortie VOD précipitée

Warner Bros. a décidé de sortir Mickey 17 en vidéo à la demande (VOD) seulement 18 jours après sa sortie en salles aux États-Unis. Cette décision, extrêmement rare pour un film à gros budget, est généralement réservée aux échecs commerciaux les plus retentissants. Elle signale que le studio a préféré couper ses pertes plutôt que de continuer à soutenir la sortie en salles du film.

Cette stratégie témoigne d’une nouvelle réalité à Hollywood : la fenêtre d’exploitation en salles se réduit drastiquement pour les films qui ne performent pas immédiatement. Dans le cas de Mickey 17, Warner Bros. a jugé plus rentable de capitaliser rapidement sur les revenus potentiels de la VOD plutôt que d’attendre les quelques millions supplémentaires que le film aurait pu générer en prolongeant sa présence dans les cinémas.

Un calcul économique impitoyable

La décision de Warner Bros. repose sur un calcul économique simple mais implacable. En VOD premium, un film se loue généralement à 20 dollars, contre 12 dollars en moyenne pour une place de cinéma aux États-Unis. De plus, la part des revenus pour le studio est de 80% en VOD, contre seulement 50% sur un ticket de cinéma.

Ce sacrifice du parcours en salles permet également à Warner Bros. d’économiser les coûts d’une nouvelle campagne promotionnelle qui aurait été nécessaire pour relancer le film quelques semaines plus tard. Dans un contexte où Hollywood connait un début d’année 2025 difficile pour les grosses productions, cette décision pragmatique reflète une industrie sous pression, prête à abandonner la tradition de l’exploitation en salles au profit d’une rentabilité immédiate.

Les implications pour l’avenir du cinéma

Cette décision de Warner Bros. s’inscrit dans une tendance plus large qui inquiète les défenseurs de l’expérience cinématographique traditionnelle. Le raccourcissement des fenêtres d’exploitation en salles et la priorité donnée aux plateformes de streaming et de VOD fragilisent l’écosystème du cinéma dans son ensemble.

Pour les salles de cinéma, déjà affaiblies par la pandémie et la concurrence des services de streaming, ces pratiques constituent une menace existentielle. Pour les cinéastes comme Bong Joon-ho, dont les œuvres sont souvent conçues pour l’expérience immersive des salles obscures, cette évolution représente un défi créatif majeur.

L’accueil critique : entre admiration et déception

Si le public américain n’a pas été au rendez-vous, qu’en est-il de la réception critique de Mickey 17 ? Les avis sont partagés, oscillant entre éloge et réserve.

Les points forts salués par la critique

De nombreux critiques ont souligné l’ambition et l’originalité de Mickey 17. Le film est souvent décrit comme une œuvre inventive et engagée, s’inscrivant dans la continuité des précédents travaux de Bong Joon-ho tout en explorant de nouveaux territoires créatifs.

La performance de Robert Pattinson dans le rôle-titre a été particulièrement appréciée. L’acteur britannique, qui incarne plusieurs versions du même personnage, a été jugé touchant et convaincant, confirmant une fois de plus son talent et sa capacité à se réinventer après la saga Twilight. La manière dont Bong Joon-ho parvient à subvertir les codes du blockbuster hollywoodien tout en les embrassant a également été saluée par plusieurs critiques.

Les faiblesses pointées du doigt

Parmi les critiques négatives, on retrouve souvent la comparaison défavorable avec Parasite. Victime de son propre succès, Bong Joon-ho n’a pas réussi, aux yeux de certains, à égaler son chef-d’œuvre oscarisé. La satire politique présente dans Mickey 17 a parfois été jugée trop évidente ou didactique, là où Parasite brillait par sa subtilité.

Le rythme du film a également fait l’objet de critiques, certains pointant un « ventre mou » au milieu du récit qui nuit à la dynamique globale de l’œuvre. Avec une durée de 2h17, Mickey 17 est considéré comme trop long par une partie des critiques, qui estiment que le film aurait gagné en efficacité avec un montage plus resserré.

Un tableau des principales critiques

AspectPoints positifsPoints négatifsRéalisationInventive, ambitieuseMoins maîtrisée que ParasiteInterprétationPerformance remarquable de PattinsonPersonnages secondaires peu développésScénarioFable intelligente et originaleSatire politique trop appuyéeRythmeSéquences spectaculaires"Ventre mou" au milieu du filmMélange des genresAudacieuxMoins réussi que dans ParasiteHumourDrôle et décaléParfois potache ou risibleDirection artistiqueVisuellement impressionnante-MessageCritique sociale pertinenteParfois trop didactique

Les défis de la production

La réalisation de Mickey 17 n’a pas été un long fleuve tranquille pour Bong Joon-ho, qui a dû faire face à plusieurs obstacles majeurs.

Les attentes post-Parasite

Après le triomphe historique de Parasite aux Oscars 2020, où le film a remporté quatre statuettes dont celle du meilleur film (une première pour un film non anglophone), les attentes étaient immenses pour le prochain projet de Bong Joon-ho. Cette pression a sans doute pesé sur les épaules du réalisateur sud-coréen, confronté au défi de se renouveler tout en restant fidèle à sa vision artistique.

Pour son premier film américain depuis Okja (2017), Bong Joon-ho devait également naviguer entre les attentes d’un studio hollywoodien comme Warner Bros. et sa propre sensibilité artistique. Ce grand écart entre cinéma d’auteur et blockbuster commercial représente toujours un exercice périlleux, même pour un cinéaste de son calibre.

Les perturbations externes

La production de Mickey 17 a été affectée par une importante grève à Hollywood, qui a perturbé le calendrier initial. Bien que la postproduction ait été achevée en 2023, ces perturbations ont pu avoir un impact sur le processus créatif et la cohérence globale du projet.

Par ailleurs, l’adaptation du roman Mickey 7 d’Edward Ashton a nécessité un travail important de la part de Bong Joon-ho pour transformer l’histoire originale en un récit cinématographique correspondant à sa vision, tout en conservant les éléments essentiels qui avaient attiré son attention. Ce travail d’adaptation, toujours délicat, s’est ajouté aux nombreux défis de la production.

Les défis artistiques et techniques

L’un des aspects les plus ambitieux de Mickey 17 réside dans le double rôle confié à Robert Pattinson. L’acteur a dû incarner deux versions du même personnage, un défi qui a nécessité une préparation minutieuse, notamment pour trouver la bonne approche vocale et développer un jeu différencié mais cohérent pour chaque version de Mickey.

La création d’un univers futuriste crédible a également représenté un défi de taille. La représentation d’un environnement spatial et d’une planète hostile a nécessité des effets visuels et une direction artistique élaborés, exigeant une collaboration étroite entre le réalisateur et les différents départements techniques.

L’analyse du contenu et des thèmes

Au-delà des aspects commerciaux et critiques, Mickey 17 mérite d’être analysé pour sa richesse thématique et narrative.

Une satire sociale dans la lignée de Parasite

Fidèle à ses préoccupations habituelles, Bong Joon-ho poursuit dans Mickey 17 sa critique acérée du capitalisme et du système de classes. Le film s’inscrit dans la continuité de Parasite, mais transpose ces thématiques dans un contexte de science-fiction, permettant ainsi au réalisateur d’aborder ces questions sous un angle nouveau.

La notion d’exploitation des travailleurs est centrale dans Mickey 17, où le protagoniste est littéralement consommé puis recréé pour servir un système qui le considère comme jetable. Cette métaphore puissante de l’aliénation dans le monde du travail contemporain est typique de l’approche de Bong Joon-ho, qui utilise souvent des concepts de genre pour explorer des problématiques sociales actuelles.

Une réflexion sur l’identité et la mémoire

Mickey 17 propose également une réflexion profonde sur l’identité et la mémoire. À travers le personnage de Mickey, qui existe en plusieurs versions avec des souvenirs partagés mais des expériences différentes, le film interroge ce qui constitue l’essence d’un individu.

Cette exploration philosophique de la conscience et de la continuité de l’identité à travers différentes incarnations physiques confère au film une dimension réflexive qui dépasse le simple divertissement de science-fiction. Bong Joon-ho utilise les possibilités narratives offertes par le genre pour poser des questions fondamentales sur la nature humaine.

Le mélange des genres, marque de fabrique du réalisateur

Comme dans ses œuvres précédentes, Bong Joon-ho excelle dans Mickey 17 à mélanger les genres cinématographiques. Le film combine science-fiction, comédie noire et critique sociale dans un cocktail unique qui constitue la signature du réalisateur sud-coréen.

Cet hybridation générique permet à Bong Joon-ho de surprendre constamment le spectateur, alternant moments de tension, séquences comiques et passages plus contemplatifs. Si certains critiques ont trouvé ce mélange moins bien maîtrisé que dans Parasite, il témoigne néanmoins de l’ambition artistique du cinéaste et de son refus de se conformer aux conventions hollywoodiennes.

Les leçons à tirer pour l’industrie cinématographique

L’échec commercial de Mickey 17 et la décision de Warner Bros. de précipiter sa sortie en VOD offrent plusieurs enseignements sur l’état actuel de l’industrie cinématographique.

Les défis des réalisateurs étrangers à Hollywood

Le parcours de Bong Joon-ho avec Mickey 17 illustre les difficultés que peuvent rencontrer les réalisateurs étrangers, même acclamés, lorsqu’ils tentent de s’imposer à Hollywood. Malgré le succès international de Parasite, le cinéaste sud-coréen n’a pas réussi à conquérir le public américain avec son nouveau film.

Ce phénomène n’est pas isolé : d’autres réalisateurs de renom comme Park Chan-wook, Hirokazu Kore-eda ou même Pedro Almodóvar ont souvent vu leurs œuvres mieux accueillies par la critique que par le grand public américain. La question se pose alors : jusqu’à quel point un réalisateur étranger doit-il adapter sa vision pour réussir commercialement à Hollywood ?

L’évolution du modèle économique du cinéma

L’expérience de Mickey 17 met en lumière les transformations profondes que connaît actuellement l’industrie cinématographique. La décision de Warner Bros. de sacrifier l’exploitation en salles au profit d’une sortie rapide en VOD témoigne d’un changement de paradigme où la rentabilité immédiate prime sur la construction d’un succès sur la durée.

Ce nouveau modèle économique, accéléré par la pandémie et la montée en puissance des plateformes de streaming, pose question sur l’avenir du cinéma en tant qu’expérience collective. Les films à mi-chemin entre blockbuster et cinéma d’auteur, comme Mickey 17, semblent particulièrement vulnérables dans ce nouvel écosystème.

Les attentes contradictoires du public

L’accueil mitigé réservé à Mickey 17 révèle également les attentes parfois contradictoires du public contemporain. D’un côté, on valorise l’originalité et la vision d’auteur ; de l’autre, on attend des films qu’ils se conforment à certains codes et conventions pour être accessibles au plus grand nombre.

Cette tension entre innovation artistique et accessibilité commerciale est au cœur des défis actuels du cinéma. Pour un réalisateur comme Bong Joon-ho, naviguer entre ces deux pôles représente un exercice d’équilibriste de plus en plus périlleux dans un contexte où les studios sont moins enclins à prendre des risques.

Conclusion : un échec révélateur

Malgré son échec commercial aux États-Unis, Mickey 17 restera comme un film important dans la filmographie de Bong Joon-ho et dans l’histoire récente du cinéma. Son parcours tumultueux illustre parfaitement les contradictions et les tensions qui traversent l’industrie cinématographique contemporaine.

Entre ambition artistique et impératifs commerciaux, entre succès critique et échec au box-office, entre exploitation traditionnelle en salles et nouvelles stratégies de distribution, Mickey 17 incarne les défis auxquels sont confrontés les cinéastes et les studios à l’ère du streaming et de la VOD.

Que l’on considère le film comme une réussite artistique ou comme une déception, il aura au moins eu le mérite de susciter des débats passionnés sur l’avenir du cinéma et sur la place des auteurs dans un système hollywoodien en pleine mutation. En cela, peut-être, réside sa plus grande réussite.